Confluences Resonants

Fragilities_New York, Emmanuelle SAINT DENIS_ Mouv’Art_

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Fragilités en résonance avec « the Wall of Temptation » : lecture par Clara Feder, pour Emmanuelle Saint Denis, curator « Wall of Temptation », performance, cutlog contemporary Art fair NYC, USA, May 7-11
6th of May, 2014 at 6:00, New York

Clara Feder

Une histoire
Il fut un temps où les Valeurs d’Autrefois régnaient sur la planète. Où l’existence était rythmée et ordonnancée par des autorités que nul ne songeait à remettre en question.
Puis vint un grand vent qui balaya les figures tutélaires et avec elles s’effondrèrent les certitudes. L’homme, tel un enfant qui n’aurait pu grandir, se retrouva soudain bien seul.
Par la porte ouverte de son désarroi s’engouffrèrent alors les chimères de la consommation, des jeux, de la distraction, avec leur puissant chef : le Roi Argent. Il avait toujours été là, tapi dans l’ombre, mais tout à coup, les feux de la rampe l’illuminèrent de leurs projecteurs. Il se mit à régner sans partage, puisque les autres Valeurs avaient disparu.
Ce fut une rude épreuve pour les hommes. Le Roi Argent les asservissaient avec une telle force de persuasion que beaucoup croyaient se reconnaître en lui. Il faut dire que le monarque avait avec lui beaucoup de serviteurs très doués pour les incitations. Parfois, il était dur pour les hommes de comprendre où étaient leur vrai désir et leur vrai intérêt face aux mensonges mielleux qui les entouraient.
Ils tombaient ainsi toujours plus bas, soumis à des tentations toujours plus fortes qui, jour après jour, les poussaient à négliger leurs enfants, leurs semblables, et tous les gains qui n’étaient pas immédiats.
Rapidement, leurs réserves vitales fondirent, tout occupés qu’il étaient à se battre les uns contre les autres pour les faveurs du Roi Argent. Leur profondeur, leur culture, leurs connaissances et même la planète sur laquelle ils habitaient perdirent de leur substance.
Le monde entier était devenu fragile. Si fragile, qu’il aurait suffit qu’un autre grand vent se lève pour ne plus faire qu’une bouchée des hommes, transformant leurs villes et leurs villages en de vastes plaines où rien n’aurait plus jamais poussé.
Peu nombreux étaient ceux qui comprenaient qu’ils devaient résister au Roi, et ceux qui le faisaient se retrouvaient en mauvaise posture.
Mais un jour, alors que la Terre était au bord du chaos, la révolte commença de se faire entendre. Tout d’abord très doucement, sotto voce

 

Les Light Travelers, ces êtres sans repères
L’homme sans repères erre dans un espace-temps distordu, flou, imprécis, tel un pantin maladroit à la recherche de lui-même. Un monde auquel il peine à trouver un sens. Il déambule dans les couloirs du métro, sur les esplanades glacées, dans des paysages infinis et lorsqu’il croise les autres, il ne les rencontre jamais.
« Et comme un grand écureuil ivre, sans arrêt il tourne en rond dans un univers hostile et bas de plafond.»[1]

Les Light Travelers sont ces êtres tourmentés, murés en eux-mêmes, tantôt mus par la fuite vers des paradis illusoires, tantôt dans l’errance solitaire. Le tout sur fond de communication permanente où chacun tente de se faire entendre et d’exister. Or chaque cri et chaque tentative semblent voués à l’échec dans un monde devenu aveugle et sourd, brouillé par un trop-plein de signaux.

Le Mur de la Tentation, un des signes de la révolte
Il est facile de tomber en fragilité devant le Roi Argent. Blanc ou noir, beau ou laid, gentil ou méchant, court terme ou long terme, bon ou mauvais pour lui, l’homme fragilisé ayant perdu son sens de l’orientation, est soumis à des tentations permanentes. La poursuite de l’avoir devient sa nouvelle forme d’esclavage, la consommation son seul eldorado possible, la surinformation son seul canal d’expression.

Le Mur de la Tentation montre cette fragilité et propose un cadre pour l’expérimenter dans la matrice de l’art : celui de la Tentation, organisée grâce au symbole du ticket de loterie. On gratte ou pas. On cède ou pas. On pose un acte de résistance, ou pas. On s’interroge sur son choix pendant la performance et même après. On s’agrège ou pas à un collectif animé par une même révolte. Une même soif de devenir seul responsable de nos actes. Le chemin le plus dur qui soit, et peut-être le seul qui nous reste.

FRAGILITIES

 A story
Once upon a time, the Old Values ruled the planet. Existence was patterned and framed by edicts no one dared defy.
Then came a great wind which swept away the tutelary powers; with their fall, certitude collapsed. Suddenly man, like a child who couldn’t grow, found himself very lonely.
Through the open doors of Man’s disarray slid chimeras of many stripes: consumption, distraction, games, and, ruler of them all, the Money King. He’d always been there, scouting his moment from the shadows, and now he stepped out onto the stage and blazed in the limelight. He reigned uncontested, the other Values having vanished.
These were hard times for men. The Money King enslaved them with such guile that many thought they looked like Him.
One must say that the King had many servants gifted in enticement. Oftentimes, it was difficult for Men to decipher where their own desires and interests lay, confused by the sugary web of lies that surrounded them.
Men fell and then fell further, yielding to waxing temptation, forgetting children and kin in increments until they didn’t think of them at all, consumed only by immediate gain.
Quickly, men’s vital reserves melted, so busy were they fighting each other to curry the King’s favor. Their depth, their culture, their knowledge, and even their planet lost their substance.
The entire world had become fragile. So fragile that, had another great wind arisen, it would have swallowed men, leveling their towns and cities into vast arid plains were nothing would ever grow again.
Not many understood they should resist the King, and those who did found themselves in trouble.
But one day, as Earth was stepping into imminent chaos, a revolt started to make itself heard. At the beginning it was very soft, sotto voce

The Light Travelers, beings without reference
The Man who lost his points of reference wanders in a vague, twisted, blurred space-time continuum, a clumsy puppet in search of himself in a senseless world. He meanders down subway corridors, onto icy esplanades, into infinite landscapes. He crosses other men, but he never meets them.

« And, like a drunk squirrel, he turns round endlessly in a hostile universe where all the ceilings are low. »[1][1]

The Light Travelers are these tormented beings, shut away within themselves, sometimes fleeing towards make-believe paradises, sometimes wandering alone. Under the same spell of endless communication where each of us dwells, attempting to be heard, to exist. But each cry, each attempt, seems driven to failure in a world evermore deaf and blind, confused by too many signals.

The Wall of Temptation, a Sign of Rebellion

It’s easy to kneel before the King Money. Whether black or white, beautiful or ugly, kind or mean, whether it is good or bad for him, short term or long term, since Men lost their sense of direction, they are submitted to endless temptations. Their pursuit of possessions leads them to a new form of slavery, consumption becomes their unique El Dorado, overcommunication grows on them as their one and only way of expressing themselves.

The Wall of Temptation exposes our Fragility and offers it an experiential frame within the matrix of Art: the lottery ticket is picked out as a symbol of Temptation. You scratch or you don’t. You resist or you don’t. You join the rebellious circle or you don’t. You question yourself during the decision making process and even afterward. You feel a shared eagerness to be the only one responsible for your actions. It is the hardest path of all, and maybe the only one left to us.

 Clara Feder, April 2014

 Translated by Gabriella Nora Fuller

[1][1] Jacques Prévert in Human Effort, Paroles, éditions du point du jour, 1947
[1] Jacques Prévert in l’Effort humain, Paroles, éditions du point du jour, 1947.

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Mouvart  : le festival Mouvart : un rendez vous d’art contemporain

« Ce parcours d’Art Contemporain, pour reprendre un terme qui éclaire parfaitement nos envies, bouscule jusqu’à l’idée même que l’on a de l’Art, en investissant à même les pavés, des containers-galeries d’art, des installations artistiques et des sculptures monumentales.
Au plus près de la réalité, cette incursion artistique et culturelle dans le quotidien du public, vise à ancrer notre démarche dans la durée. C’est le pari que nous formulons pour les années à venir, un pari audacieux qui réunit autour de l’Art Contemporain, des acteurs culturels et économiques de notre ville, d’ici et d’ailleurs »

« Notre ambition est d’offrir à un public de tous âges et de toutes cultures une vision nette, simple et évocatrice de l’Art Contemporain, pour le faire rayonner dans la ville et l’amener au plus près des habitants. L’interaction humaine et la réappropriation du sens de l’art par le public sont donc les axes principaux de cette manifestation »

 

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